Soda

Martin Fermant

Martin s’arrêta devant la terrasse à moitié vide et contempla pensivement la table libre la plus proche de lui. Il fronça les sourcils, fit la moue et s’apprêta à repartir. Il s’arrêta de nouveau, consulta sa montre et hésita encore deux secondes avant de s’asseoir.
L’air était frais, le soleil timide depuis plus d’une semaine. La terrasse était un luxe au regard des semaines pluvieuses qui avaient marqué le début de l’été. Lire la suite

Empreintes

Martin Fermant

Nicolas saisit rarement les allusions de Martin du premier coup. Il affiche d’abord un regard vide, légèrement interloqué. Il n’a visiblement pas fait le lien entre l’histoire du tigre enrhumé et les événements de la veille. Il faut reconnaître pour sa défense que la métaphore de Martin relève à la fois de l’étrange et exotique art de la parabole extrême-orientale et de l’humour abscons des universitaires prétentieux.

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Grands travaux

Martin Fermant

Recréer son univers intérieur, rebâtir pièce par pièce, mur par mur l’espace de sa pensée. Martin erre dans un monde en friche. La tâche est immense, mais l’excitation est certaine. Il faut assainir les cours d’eau et drainer les marais, puis déposer les fondations de nouvelles colonies en mettant à profit les richesses enfouies de lieux devenus inhospitaliers. Lire la suite

Froid polaire

Martin Fermant

Martin sort de l’immeuble en frissonnant. L’air froid et sec le saisit instantanément. Il relève le col de son manteau et fourre ses mains dans ses poches avant de s’engager d’un pas décidé dans la rue. Arrivé au croisement, il hésite une seconde et continue sur le boulevard. Il se concentre sur ses pas, sur la route à suivre, sans un regard pour les passants ou le décor qui l’entoure. Lire la suite

Errances

Martin Fermant

Ses deux pieds touchèrent le sol au même instant, tout doucement. Il frémit lorsqu’un léger courent d’air le caressa sans un bruit, puis observa les alentours. Pas un souffle, pas une lumière, aucun signe de vie. Il se redressa de toute sa hauteur, fit jouer délicatement les articulations de ses poignets, plia les coudes pour dissiper le léger engourdissement qui l’incommodait et se mit en route. Ses pieds nus peinaient à trouver leur chemin sur le sol meuble.

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Trop gentil

Martin Fermant

Deuxième à gauche, le rond-point autour du petit obélisque et trois kilomètres jusqu’à la grande ferme à colombages. Le chemin de terre fait cahoter la petite voiture qui grince sur ses suspensions avant de s’immobiliser devant une haie d’arbustes jaunis. Martin coupe le moteur et reste là, à écouter les cliquetis qui s’échappent du capot.  Lire la suite

Hivernage

Martin Fermant

Martin change de saison à l’odeur. Ce matin, l’air le frappe dès l’ouverture de la porte donnant sur la rue. Un air vif et sec, nuancé de doux relents d’ozone et de terre humide. Le froid tente une percée, mais Martin relève vivement son col et fourre ses mains dans ses poches. Le parfum est prometteur. Il ouvre la saison des chocolats chauds bus à la tombée de la nuit, à l’heure du goûter. Celle des midis éclatants d’un soleil gelé, des petits nuages de vapeur devant la bouche et des dimanches frileux aux rues désertes. C’est aussi l’évocation d’autres senteurs, la sève de pin et les plats mijotés, l’odeur de la condensation et des pulls en laine et de la poussière chaude sur les radiateurs.

Martin sourit. Timidement, car ses lèvres gercent déjà.

Seul dans la foule

Martin Fermant

Martin n’est pas très disposé à discuter. Le bruit des conversations entremêlées, la musique qui force les invités à lever la voix et le brouhaha des verres et des bouteilles qui s’entrechoquent lui donnent mal à la tête. Il feint alors de s’intéresser aux livres entassés sur les étagères, aux détails de l’ameublement et aux motifs des rideaux, marquant ainsi son envie de rester seul dans la foule. Lire la suite

Explorations

Martin Fermant

Martin est sur le feu, ou comment écrire sur soi sans le faire (ou presque…)

À ce moment de l’histoire, Martin Fermant explore de nouvelles pistes. Dans sa recherche d’un sens, il s’interroge sur le concept d’identité. Pas pour un profit propre, préfère-t-il penser. Mais pour la grandeur d’une cause dont il ne saisit pas encore toutes les implications. Doté comme il est d’une foi indéfectible dans l’espèce humaine, il est convaincu que tout cela a un but. Qu’il prend part à une grande œuvre, ce projet fantastique d’une meilleure compréhension de tous par chacun. Simple idéalisme ou conscience enfouie d’une réalité qui le dépasse, peu importe. Ce qui compte c’est que Martin cherche. Lire la suite