Dans le détail

Martin Fermant n’est pas un volontaire. C’est un éternel attentiste. Lorsqu’il manifeste un quelconque intérêt, il s’agit à tout coup de préoccupations jugées futiles pour la majorité de ses semblables.

Pour lui, le détail a toute son importance, mais non pas dans son aspect du perfectionnement de l’essentiel. Il s’agit davantage de se focaliser sur l’accessoire, car ce dernier est trop souvent délaissé par le monde sérieux et productif. Martin aime vivre de choses simples et choisit avec soin la longueur de ses pattes, alors qu’il n’a que faire du reste de sa chevelure. Il aime que l’ourlet de son pantalon soit bien cousu, mais peu lui importe que son habit soit déchiré au genou. Et plus que tout, Martin soigne certaines de ses phrases comme s’il s’agissait de jardinets à l’anglaise, autour desquels poussent cependant des buissons de jurons. Il se préserve ainsi, au milieu de la folie du monde qui l’entoure et de la bêtise de ses semblables, un carré propre et net, un soupçon de raison et de perfection qui n’a de valeur que parce qu’il côtoie la stupidité et le chaos.

Il aime jouer des rôles, s’inventer des personnalités et revêtir des costumes, travailler le détail. Se donner des airs et passer pour quelqu’un d’autre. Il s’amuse du désarroi des gens face à une caricature d’eux-mêmes. Il aime passer pour un esprit fin dans un corps de brute épaisse. Il reste alors silencieux en public, le visage fermé et la mine butée, comme affecté d’une idiotie rare ou d’un analphabétisme crasse. Mais il guette son moment pour détruire d’une phrase bien choisie cette façade de butor. Il se rit intérieurement de ceux qui s’ouvrent devant lui dans une langue qu’il feint de ne pas saisir. Rien n’a plus de piquant pour lui que ces petits plaisirs malins, légèrement pervers.
Cette manie du travestissement intellectuel lui rend bien des services. Il est le garçon un peu crétin que les représentants de l’ordre se refusent à punir. L’insolent dont la finesse amuse les enseignants, dont le culot trouble les administratifs bornés. Sa capacité à passer d’une humeur à une autre en quelques secondes en fait un personnage indiscernable, dont les autres se méfient tout en l’admirant. Et lui retouche sans cesse son personnage, l’agrémente de tics faciaux ou d’habitude de langage. Tantôt volubile et tantôt taciturne, il sait se rendre charmant ou insupportable, doux ou pesant, enthousiaste ou apathique. Son univers est un constant terrain de jeu, les interactions avec les autres participants sont infinies et Martin entend bien faire le plus d’expériences possible.

Une réflexion au sujet de « Dans le détail »

  1. Ai comme l’impression de connaître depuis toujours Martin Fermant… mais aussi qu’il est impossible de le connaître totalement ; et comme il est doux de continuer chaque jour à découvrir un proche – sans s’y échiner, juste en l’abordant comme il se présente

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