Explorations

Martin Fermant

Martin est sur le feu, ou comment écrire sur soi sans le faire (ou presque…)

À ce moment de l’histoire, Martin Fermant explore de nouvelles pistes. Dans sa recherche d’un sens, il s’interroge sur le concept d’identité. Pas pour un profit propre, préfère-t-il penser. Mais pour la grandeur d’une cause dont il ne saisit pas encore toutes les implications. Doté comme il est d’une foi indéfectible dans l’espèce humaine, il est convaincu que tout cela a un but. Qu’il prend part à une grande œuvre, ce projet fantastique d’une meilleure compréhension de tous par chacun. Simple idéalisme ou conscience enfouie d’une réalité qui le dépasse, peu importe. Ce qui compte c’est que Martin cherche.

Alors il va se perdre pour mieux se trouver. Les terres lointaines ont l’attrait d’un trésor au milieu d’un bloc de glace. Si accessible lorsque l’on dispose des outils adéquats. Mais tellement impossible à saisir lorsque le froid assèche ses mains, coupe la respiration au plus profond de sa gorge et brûle la peau de son front. Restons en terra cognita et perdons-nous près de chez soi, décide-t-il alors.

Martin fut alors tour à tour manœuvre de chantier et porte-flingue, épicier ambulant et cantonnier, assistant en faculté et artiste maudit. Rien de tout cela ne lui apporta le réconfort qu’il cherchait, tout n’était que douleur et frustration. Il n’accumulait que cicatrices et courbatures ; maigre découverte d’un point de vue métaphysique, n’est-ce pas ?

Contemplation ! Voilà une investigation au modus operandi plus que séduisant ! Des heures de méditation béate en perspective, rejoindre ainsi la langueur tout hellène des philosophes antiques. Sounds great…

Ennui, ennui, ennui. Se trouver est une chose, se perdre dans un espace aussi réduit que son propre encéphale tient du suicide intellectuel, de l’extinction à tous petits feux.

Alors que choisir ? Les femmes ? Trop risqué, trop aléatoire, trop compliqué pour y consacrer toute son existence. La drogue ? Pour le suicide, je préfère l’infructueuse masturbation intellectuelle ou le poids glacé et réconfortant d’un revolver entre mes mâchoires. La futilité ? Bien des êtres se conduisent de manière complètement anodine, refusant de s’embarrasser avec des mots de plus de trois syllabes de peur de perdre le fil du roman-photo en pleine page de Mieux dans mon corps, le magazine des jeunes qui ont la méga-pêche. Et comme le dit si justement Pierre Desproges, on peu vivre tout à fait confortablement sans la moindre espèce de culture. Mais transformer lentement sa matière grise en marmelade de coings n’était pas pour satisfaire les ambitions exaltées de notre héros plus-que-dépité.

Alors Martin abandonne son audacieux projet. Il renonce à cette belle idée d’une enquête approfondie sur ses plus secrets rouages et se perdent alors dans les circonvolutions des rapports humains. Il rencontre un Éthiopien saxophoniste à Montreuil avec lequel il partage ses angoisses. Une Bourguignonne feng-shui lui ouvre les portes du Musée de la Marine hors des heures d’ouverture. Un Croate irascible se transforme l’espace d’une semaine en son meilleur ami. Une Vietnamienne au tempérament de braise pousse le dévouement jusqu’à la galipette acrobatique dans les lieux d’aisance d’une fête à neuneu de la banlieue d’Oslo. Un diplomate canadien accepte d’endosser le rôle du papa gâteau pour lui éviter une nuit en cabane. Et la crédulité feinte d’une centaine d’étudiants madrilènes lui donne l’occasion de donner son premier exposé magistral de littérature tchèque en se faisant passer pour Jan Kalpoviç, à l’heure d’un cours de droit des affaires.

Alors Martin s’est trouvé, il a résolu son problème d’identité. Mais il ne l’avouera jamais, car il n’est pas prêt à raccrocher. Il commence à peine à comprendre…

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