Fiscalitélévisée

La Suisse, où trahir le secret bancaire est jugé comme un crime de sang... - Source : Arte

La Suisse, où trahir le secret bancaire est jugé comme un crime de sang… – Source : Arte

Gageons que la rentré sera citoyenne avec la sortie de ce documentaire édifiant et pédagogique sur la fuite face à l’impôt. Évasion fiscale, le hold-up du siècle, présenté hier au cinéma Les 3 Luxembourg (ça ne s’invente pas…), présente au citoyen lambda les ressorts d’une pratique industrialisée aux répercussions désastreuses.

Le film de Xavier Harel, auteur en 2010 de La grande évasion. Le vrai scandale des paradis fiscaux (Ed. Les liens qui libèrent), est un documentaire engagé et didactique en collaboration avec Rémy Burkel. Reprenant les méthodes de Michael Moore, le journaliste de La Tribune et du Canard enchaîné traverse la planète pour rencontrer des banquiers suisses, des avocats des Îles Caïman, des patrons d’institutions financières français et des contribuable jersiais en colère. Son innocence feinte et sa curiosité mettent le doigt sur les chiffres qui font mal : les entreprises du CAC 40 paient en moyenne 8 % d’impôts, contre 30 % pour les petites entreprises françaises. Certains grands groupe comme Suez Environnement ou Saint Gobain n’ont pas apporté un kopeck au Trésor Public ces dernières années malgré des profits records. La fraude (dissimulation de revenus imposables) et l’évasion fiscale (exploitation des failles des lois d’imposition) représentent 21 000 à 31 000 milliards de dollars dans le monde, soit environ 10 % de la richesse totale, et sont le fait de 0,1 % de la population.

Quatre génies de l’évasion
On découvre dans ce long-métrage de 1h30 les trésors d’ingéniosité déployés par les Big Four pour permettre à leur clients fortunés de contourner les lois fiscales. On désigne par ce terme les plus grands cabinets d’audit financier réputés à l’échelle mondiale pour la sagacité de leurs juristes fiscalistes quand il s’agit de tourner à l’avantage de grandes fortunes les méandres de la législation des impôts sur les sociétés : Deloitte, KPMG, Ernst & Young et PricewaterhouseCooper. Demander des millions pour faire économiser des milliards, leur fortune est faite.

« Le riche tient la loi dans sa bourse » disait Jean-Jacques Rousseau.

Si réduire sa contribution est devenu un sport incontournable dans les multinationales, cette activité a des effets amplement sous-estimés. Outre le manque à gagner pour l’État, la stigmatisation des fraudeurs aux allocations familiales qui ne représentent finalement qu’une goutte dans la mer par rapport aux escrocs en col blanc, ou la simple condamnation morale de ce refus de profiter de participer à la richesse du pays tout en exploitant ses coûteuses infrastructures, l’évasion et la fraude fiscale sont le symptôme d’un plus grand mal. Celui d’une perversion idéologique qui réussit petit à petit à convaincre les foules que l’ère de la richesse est abolie, que l’État providence est mort sans espoir de résurrection, que certains maux comme la faim ou la pauvreté sont inéluctables, alors qu’un dixième de cet argent gris pourrait régler l’ensemble de ces problèmes.

Un documentaire simple (parfois simpliste mais toujours juste) à ne pas louper, mardi prochain sur Arte et les 7 jours qui suivent sur Arte+7.

Évasion fiscale, le hold-up du siècle
De et avec Xavier Harel, en collaboration avec Rémy Burkel
Produit par Denis Poncet
Diffusion mardi 10 septembre à 20h50
Sur Arte
90 min

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