Gondryvianisme avorté

Colin (Romain Duris), Chloé (Audrey Tautou) et Nicolas (Omar Sy) dans L'Écume des Jours - Source : Studio Canal (2013)

Colin (Romain Duris), Chloé (Audrey Tautou) et Nicolas (Omar Sy) dans L’Écume des Jours – Source : Studio Canal (2013)

Quant le monde onirique de Michel Gondry adapte le roman surréaliste de Boris Vian L’Écume des Jours, les émotions déboulent en fanfare… et en requiem. La vision anachronique du réalisateur n’a cependant pas enthousiasmé le public malgré son prestigieux casting et sa réalisation soignée.

La trentaine, rentier et célibataire, Colin s’ennuie et se désole car il se sent seul. Choyé par son cuisinier Nicolas, amusé par la passion de son ami Chick pour l’écrivain Jean-Sol Partre, il court cependant les soirées parisiennes à la recherche d’une compagne qui mettra de l’imprévu dans sa plate existence.
Par l’entremise d’Isis Ponteauzanne, Il fait la connaissance de Chloé, tout aussi insouciante que lui, dont il s’éprend rapidement et qu’il épouse dans la précipitation. Mais le malheur guette les tourtereaux et Chloé, victime d’un coup de froid lors de leur voyage de noce, voit bientôt grandir un nénuphar dans son poumon…

Une adaptation personnelle
L’idée d’adapter le célèbre ouvrage de Bison Ravi était une brillante trouvaille de la part du metteur en scène d’Eternal sunshine of the spotless mind. La même folie et une franche touche de pessimiste habitent en effet les univers des deux artistes. En bon maniaque du détail, Gondry marque ce film d’une empreinte forte et personnelle, tel Tim Burton adaptant Batman ou Fincher s’attelant à Millenium. On y reconnait, en surimpression du texte original, sa réinterprétation de l’amour vaincu par la fatalité. Le jeu de séduction entre les deux personnages donne en outre à Gondry l’occasion de transposer le texte de Vian dans un Paris fantasmé : Colin habite sur la Butte Bergeyre, dans une espèce d’appartement tenant tout autant de la voiture de train couchette que de la tanière de hobbit. Les promenades de ses héros, des tunnels de la petite ceinture aux pentes de Belleville en passant par les Halles en travaux, sont à la fois atemporelles et puissamment anachroniques. Car s’il a conservé l’univers retro de Boris Vian (costumes et objets des années 1940), l’apparence du reste de la ville est celle de l’été 2012, et l’engouement pour ces quartiers populaires et insolites, pour l’esthétique d’après-guerre est résolument contemporaine.

L’échec d’un film prometteur
Mais à trop vouloir en faire, le film s’égare dans un esthétisme maniéré et l’âpre saveur contestataire du roman s’affadit dans une romance un brin simplette. Le prestigieux casting peine à porter la virulente critique de Boris Vian : Romain Duris, Audrey Tautou, Omar Sy et Gad Elmaleh, épaulés par Aïssa Maïga, Charlotte Le Bon, Alain Chabat, Philippe Torreton et (oh ! fait rare) Michel Gondry lui-même forme un chœur inégal et peu crédible lorsque survient le mélo. Comme si le réalisateur était passé à côté de ce qui fait la force du livre : sa noirceur aux ramifications politiques et philosophique, plutôt qu’un drame intime et tire-larme.

Résultat : les critiques restent tièdes, tant du côté de la presse que du public, et les fans du livre regrettent le manque de poigne.

L’écume des jours
de Michel Gondry
avec Romain Duris, Audrey Tautou, Omar Sy et Gad Elmaleh, Aïssa Maïga, Charlotte Le Bon, Alain Chabat, Philippe Torreton
125 min
sorti le 24 avril 2013

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