Passion en Lumières

Johann Friedrich Struensee (Mads Mikkelsen) et Caroline Mathilde de Hanovre (Alicia Vikander) dans A Royal Affair – Magnolia Pictures 2012

Dans A royal Affair (En kongelig affære, en danois), le réalisateur Nikolaj Arcel relate l’histoire d’amour entre la reine Caroline Mathilde et Johann Struensee, le médecin de son époux, le roi Christian VII. Histoire vraie d’un couple réformateur inspiré par les Lumières européennes et film touchant sur l’intimité du pouvoir.

Un jeune roi fou, une épouse anglaise qui en vient à le haïr et un médecin royal inspiré par Rousseau et Voltaire sont les personnages principaux du magnifique long métrage du scénariste danois de la série Millénium. En kongelig affære est une œuvre ambitieuse, une reproduction spectaculaire d’une époque en pleine mutation politique, sociale et religieuse.

Quelque chose de pourri au royaume du Danemark
En 1766, alors que l’Angleterre a fait sa révolution et que les colonies britanniques d’Amérique, la France et l’Europe s’apprêtent à se réformer grâce à la pensée des Lumières,Christian VII accède au trône du royaume du Danemark et de Norvège. À 17 ans, le jeune monarque laisse déjà paraître des signes inquiétants de désordre mental. Une aubaine pour ses ministres conservateurs qui maintiennent durement l’ordre ancien sur le pays. Débarque alors à Copenhague la sœur du roi George III d’Angleterre, la belle Caroline Mathilde de Hanovre, mariée à Christian depuis peu et rapidement refroidie par le caractère imprévisible de son époux. Attentive aux idée émergentes des philosophes éclairés, férue d’art et de culture, la reine Carolina va progressivement perdre toute joie de vivre au sein d’une Cour austère et rétrograde.

Le docteur et la Queen
La nomination de Johann Struensee, simple praticien de campagne d’origine allemande, auteur sous couvert d’anonymat de pamphlets réformistes peu appréciés par le royaume, à la fonction de médecin royal va bouleverser la triste routine du palais. Habilement placé par deux jeunes nobles chassés de la Cour afin de les réintroduire, il entreprendra un important travail d’influence auprès du roi pour l’aider à vivre sa maladie, à reprendre les rênes de l’État et à mener son pays vers plus de liberté. Mais il s’éprendra en route de la reine délaissée, donnant lieu à une histoire d’amour passionnée et secrète dangereusement prohibée.
Ensemble, les trois personnages de ce mariage bancal vont évidemment susciter la colère et la soif de revanche des ministres conservateurs mis au ban de l’arène politique et menés par l’ambitieuse belle-mère du roi, Juliane Marie.

Verdict : A Royal Affair n’a pas grand-chose d’original. Décors, musiques et mise en scène ressemblent à beaucoup de (bons) films historiques français ou européens. Les ressorts de l’intrigue (femme délaissée, amour interdit, complots et manœuvres politiques) permettent d’activer des leviers émotionnels largement usités.
Mais la reconstitution est cependant très soignée et l’histoire extrêmement prenante. Ce film traite en outre d’un épisode méconnu (des Français) de l’histoire européenne. Les interprètes sont exceptionnels, Mads Mikkelsen en tête (voir ma critique de La Chasse) mais sans oublier les ministres dont le détestable Ove Høegh-Guldberg (David Dencik). Enfin, pas de faste inutile ou de répliques percutantes : la réalisation est ciselée, toute en finesse.
Du très bon cinéma !

A Royal Affair (En kongelig affære)
de Nikolaj Arcel
Avec Mads Mikkelsen, Alicia Vikander, Mikkel Boe Følsgaard
Magnolia Pictures, 2012
137 min

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